Responsable Communication
CLIMACT
FGSE, UNIL
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Qu'est-ce que le concept du « Donut urbain » ?
Mohamed Srir : La théorie du donut, développée par K. Raworth (2018), définit un cadre de durabilité qui combine le concept des limites planétaires avec la notion de fondement social. Ce cadre représente un espace sûr et juste où l'utilisation des ressources est suffisamment élevée pour répondre aux besoins fondamentaux des personnes (cercle intérieur), mais pas assez pour transgresser les limites planétaires (cercle extérieur).
Huit limites planétaires (actualisées par Rockström et al., 2023) constituant le plafond écologique du donut sont identifiés : le climat, l'intégrité fonctionnelle des écosystèmes (ex. « biodiversité »), le cycle de l'azote, le cycle du phosphore, l'eau douce souterraine, l'eau douce de surface, la surface occupée par les écosystèmes naturels (ex. « changements d'usage des sols »), les aérosols (ex. « pollution atmosphérique »). Il existe des seuils de pression que ces systèmes vitaux peuvent supporter et dont l'humanité ne devrait pas dépasser afin de préserver l’équilibre de la biosphère et les conditions favorables de la vie.
Le fondement social qui s’aligne sur les objectifs sociaux de développement durable (ODD) des Nations Unies définit le niveau minimum des besoins fondamentaux auquel chaque être humain peut prétendre. K. Raworth en identifie 11 : énergie, eau, santé, éducation, revenu, paix et justice, voix politique, équité sociale, égalité des sexes, logement et réseaux.
L’idée du donut est de ramener les impacts des activités humaines à l’intérieur de cet espace écologiquement sûr et socialement juste dans lequel l'humanité peut s'épanouir sans compromettre les capacités de charge des écosystèmes naturels.
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Quelles sont les initiatives spécifiques en matière d'urbanisme qui ont été mises en œuvre à Lausanne dans le cadre du concept du « Donut urbain » ?
Mohamed Srir : Lausanne a une vision climatique très ambitieuse et son Plan climat a été élaboré autour de cet objectif central de ramener à zéro les émissions carboniques directes à l’horizon 2050, tout en affichant le slogan d’une ville 100% solidaire. Cette vision est déclinée en quatre objectifs prioritaires :
Quel sont les défis ?
Mohamed Srir : Si l'objectif de la ville de Lausanne est d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, le défi pour y parvenir reste lié aux modalités opérationnelles de cette stratégie.
Concrétiser les mesures du Plan climat nécessite d’avancer conjointement sur les deux volets des binômes : décarbonation/solidarité, atténuation/adaptation et local/global.
En effet, il est important de prendre en compte les impacts socio-économiques qui peuvent découler des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans différents secteurs et notamment dans l’assainissement des bâtiments qui peut provoquer une augmentation de loyers. En termes de démarche de transformation, l’atténuation va de pair avec l’adaptation du moment que les actions de la première visent à équilibrer le bilan carbone à long terme alors que celles de la seconde permettent d’agir, ici et maintenant, sur les impacts urbains du changement climatique.
Cette approche doit également associer les réponses aux enjeux qui concernent le territoire lausannois à ceux présents aux niveaux régional et mondial. Une manière de concrétiser cette vision est de regarder une perspective du donut des villes qui peut aider à mieux appréhender ces enjeux dans le cadre de la transition comme réponse aux changements globaux.
Comment se situe la ville de Lausanne dans ce processus?
Mohamed Srir : La situation actuelle de Lausanne montre un taux assez faible d’effectivité des principaux objectifs annoncés. Ces derniers avancent avec une cadence en deçà de ce qui est attendu pour respecter l’Accord de Paris (ne pas dépasser +1.5° C). Même si le Plan climat est assez récent (entrée en vigueur en janvier 2021), le cumul d’expériences de la ville en termes d’approches de durabilité lui impose une certaine responsabilité, vis-à-vis aussi de son triple statut de grande ville Suisse, de capitale vaudoise et de ville verte.
Alors qu’au niveau mondial, sept des huit limites planétaires étudiées par Rockström et al. (2023) ont déjà été dépassées, Lausanne, à l’image de la Suisse, participe à la transgression de cinq de ces limites (émissions de CO2, perte de biodiversité, empreinte matérielle, perte d’azote et de phosphore).
Les émissions totales des activités de la ville sont de l’ordre de 14 tonnes équivalent CO2 par habitant ce qui dépasse largement les normes scientifiques et les trois premiers postes responsables sont respectivement : la consommation avec plus de la moitié des émissions, puis les transports et les bâtiments.
Quels sont les efforts qui peuvent être faits au niveau local ?
Mohamed Srir : Au niveau local, les efforts à faire concernent plusieurs domaines où les insuffisances sont les plus marquées : énergie renouvelable, rénovation et sobriété énergétiques, mobilité durable, pollution atmosphérique, captation carbone et adaptation des espaces publics au réchauffement climatique. La ville doit emprunter une trajectoire beaucoup plus engagée et davantage axée sur l’implication des parties prenantes dans un processus d’optimisation et d’évaluation des progrès.
Les défis qui sont a priori de nature écologique sont aussi centrés sur des enjeux sociaux et appellent donc à une vision plus holistique des problématiques.
Ce qui nécessite d’adopter une approche systémique et participative dans la recherche des solutions qui ne sont plus uniquement techniques, mais davantage liées aux modes de consommation et de production ainsi qu’aux changements de comportements.
Enfin, la concrétisation d’une telle vision demeure tributaire des conditions-cadre nécessaires à l’exploitation du potentiel existant et que les politiques publiques doivent, dans une démarche de cohérence, mettre en place en collaboration avec tous les secteurs de la ville. Il s’agirait donc de développer les nombreux leviers d’action dont dispose la ville.
Avez-vous des exemples ?
Mohamed Srir : En voici quelques-uns :
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Comment le concept du « Donut urbain » contribue-t-il à la création d'un environnement urbain plus durable et plus vivable à Lausanne spécifiquement ?
Mohamed Srir : Le donut offre une perspective globale de ce que signifie la durabilité pour la ville et pour ses habitants. Il invite à se pencher sur les dynamiques qui sous-tendent le croisement des enjeux environnementaux et sociaux et vise de cette manière à ouvrir des discussions sur les voies de transformation possibles. Son approche globale convoque une réflexion sur les impacts des activités de la ville au-delà de ses limites locales. Appliqué à la ville, le donut urbain permet donc d'explorer et d'adopter la vision d'une ville prospère tout en reconnaissant sa responsabilité mondiale.
Quel est l'intérêt pour Lausanne d'adopter ce type de modèles ?
Mohamed Srir : Il est double :
Au sujet de l'auteur:
Mohamed Srir est chercheur postdoctoral à l’Institut de géographie et durabilité à l'Université de Lausanne.
Au sujet de CLIMACT :
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