Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer le rapport du GIEC ?

Dr. Nicolas Tetreault, Directeur exécutif de CLIMACT (Centre d’Action et d’Impact climatique UNIL/EPFL). Chimiste de formation, il est expert en stratégie et planification climatique ainsi qu’en énergies renouvelables, H2 et CO2.

Qui suis-je ? Je suis un simple individu parmi tous celles et ceux qui œuvrent chaque jour, depuis des années, à la modernisation de notre société et à la préparation de sa transition écologique. Nous sommes scientifiques, économistes, ingénieur.e.s, politicien.ne.s, spécialistes de tous genres ou simplement citoyen.e.s engagé.e.s. Nous analysons, nous proposons, nous écoutons, nous sensibilisons et, surtout, nous mettons tout en œuvre pour adapter notre société à l’inévitable… la crise climatique. Pour beaucoup d’entre nous, cette crise est présente dans nos têtes jour et nuit. Si nous continuons d’œuvrer, c’est que nous avons appris à canaliser cette peur en actions concrètes et en espoir d’une transition positive, juste, équitable, inclusive et durable.

Pour nous, au paroxysme des feux de forêt et des inondations, un nouveau rapport du GIEC comme celui publié en septembre 2021, est une épreuve extrêmement anxiogène. Comme vous, nous sommes témoins des conséquences de ce changement en temps réel dans les médias et nous savons que le rapport, encore une fois, ne pourra apporter que des mauvaises nouvelles. Car hélas, la science ne ment pas, les changements climatiques sont bel et bien là et affecteront tout le monde, que l’on veuille y croire ou non.

Mais pas cette fois ! Le dernier rapport du GIEC est même parvenu à me calmer ! Non, le panel d’experts n’a pas trouvé l’erreur de mesures invalidant l’ensemble des prédictions catastrophiques, au contraire. Les modèles et prédictions ne laissent justement plus de doute quant à notre responsabilité : les changements auxquels nous faisons face sont les conséquences de l’activité humaine. Toutefois, le rapport est sans équivoque : nous avons encore le choix !

Les experts proposent pour la première fois plusieurs scénarios plausibles numérotés. Plus la numérotation augmente, plus les conséquences seront désastreuses et coûteuses. Seuls les deux premiers scénarios, soit SSP1-1.9 et SSP1-2.6, nous permettent de rester sous la barre des 2°C d’augmentation des températures par rapport à la période préindustrielle.

Sous cette barre, il nous sera possible de maintenir une certaine normalité dans nos modes de vie et de nous adapter aux changements climatiques. Ceci ne sera en revanche plus possible pour des augmentations de températures plus élevées.

Alors somme toute, n’est-ce pas une excellente nouvelle ? Il n’est pas trop tard et nous avons le choix !

Alors, que choisir ? À l’évidence, nous devons statuer entre poursuivre nos vies à l’ordinaire, dans une société non soutenable et qui s’autodétruit ou nous engager de manière solidaire pour une société équitable, inclusive et durable axée sur le bien-être collectif.

Pour cela, un engagement politique fort à la COP26 envers l’un des deux scénarios de diminution des gaz à effet est indispensable. La Confédération et de plus en plus de cantons, communes et entreprises s’engagent déjà vers une neutralité carbone en 2050, ce qui rejoint le premier scénario. Pour y arriver, nous devons rapidement et définitivement renoncer aux énergies fossiles. Nous devons financer massivement les énergies renouvelables, y compris le solaire, la géothermie et l’éolien. Nous devons capter et séquestrer les émissions impossibles à éliminer. Nous devons manger plus sainement, c’est-à-dire plus de produits frais et moins de viande. Nous devons privilégier le train à l’avion, le vélo à la voiture (du moins dans l’attente de carburants décarbonés). Enfin, nous devons revoir nos objectifs irréalistes de croissance économique et financière en tenant compte des limites planétaires. Bonne nouvelle, la Suisse a tout pour réussir cette transition. Sa capacité économique et d’innovation ainsi que ses compétences scientifiques lui confère une position de leader pour peu qu’elle s’en donne les moyens et fasse preuve d’ambition politique.

Alors je vous invite à imaginer ce qui peut nous attendre de l’autre côté de cette transition ! Une société égalitaire et inclusive. Une population en santé. Un rythme de vie soutenable. Des technologies et un entrepreneuriat axés sur le progrès plutôt que sur l’innovation. Une économie et une finance au service de la société toute entière. Et, cerise sur le gâteau, un environnement viable pour les générations à venir.

N’est-ce pas un choix absolument alléchant?

« À l’évidence, nous devons statuer entre poursuivre nos vies à l’ordinaire, dans une société non soutenable et qui s’autodétruit ou nous engager de manière solidaire pour une société équitable, inclusive et durable axée sur le bien-être collectif. »

– Dr. Nicolas Tetreault

Cet article a été publié dans les pages « Opinion » du Temps le 2 Novembre 2021 :

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